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Romans

 

fillequibruleOn suit l’histoire d’amitié de deux jeunes filles amies à la vie à la mort et de la lente déliquescence du lien entre elles. D’inséparables elles deviendront deux inconnues lorsque l’une d’elle s’éloignera du jour au lendemain. Il s’agit ici d’un joli roman sur l’amitié fusionnelle et le processus de deuil de cette amitié, d’autant que le point de vue adopté est celui d’une des deux jeunes filles. On frise avec le roman noir (ambiance sombre, forêt sinistre, asile désaffecté, gens louches) mais sans tomber dans le thriller. Non au contraire on a simplement le récit d’une amitié et de sa fin. C’est entrainant, agréable, sans fioritures et surtout ce n’est pas niais malgré le sujet et la narratrice adolescente.

 

My absolute darlingPhénomène éditorial aux Etats-Unis, succès salué par les plus grands, My absolute darling est la pépite américaine de l’année ! Il est d’ailleurs le lauréat du Prix America 2018 ! Pourtant le sujet n’est pas simple puisqu’on suit la vie de Turtle, une adolescente du fin fond de la Californie abusée par un père psychologiquement instable et survivaliste. Pourtant le point de vue adopté n’est pas tant de démontrer l’horreur de la violence paternelle mais plutôt la psyché de cette adolescente. On est dans l’esprit de Turtle et on voit comment celui-ci essaye de vivre cette situation, comment elle réagit lorsqu’elle rencontre des garçons « normaux » de son âge, et ainsi de suite. C’est brutalement efficace mais la langue est brillante (quoique qu’il puisse y avoir quelques longueurs). Indéniablement une des découvertes littéraires de l’année 2018.

 

 

PlanetfallVoici une œuvre de science-fiction très intéressante ! Loin du space opera et de la hard-science souvent difficile d’accès au grand public, Planetfall livre le récit de la vie d’une colonie humaine installée sur une planète lointaine depuis une vingtaine d’année. On devine rapidement que cela se situe dans un futur pas si lointain et il n’est pas question ici d’extraterrestres ou de vaisseaux spatiaux à tout va.

Ce qui devient très intéressant c’est le côté huis-clos de ce récit. Un huis-clos perturbé par l’arrivée du fils d’un membre d’équipage supposé disparu lors des premières missions d’exploration de la planète. Le problème devient épineux quand cet homme s’avère être aussi le petit-fils de l’Eclaireuse, la femme qui a monté et mené cette expédition dans le but de trouver Dieu. L’Eclaireuse est supposée être entrée dans la cité de Dieu, construction présente sur la planète à l’arrivée de l’équipage, et envoie chaque année un message à la colonie. L’arrivée de ce petit-fils, juste avant la réception du message annuel de sa grand-mère, et ses questions vont chambouler la vie bien huilée de la colonie et réveiller des questions laissées en suspens depuis la disparition de l’Eclaireuse. Mensonges, trahisons et une pointe de réflexion sur le sentiment religieux et une grosse réflexion sur l’homme (le propre de la science-fiction) sont au rendez-vous et savamment dosés par Emma Newman. Une lecture courte et intense.

 

filles de la merUn terrible coup de cœur que ce roman ! Nous suivons la vie de deux sœurs coréennes sous l’occupation japonaise du pays en 1943. Elles font parties des haenyeo, ces femmes qui vivent de la pêche en apnée sur l’île de Jeju. Un jour de pêche la plus petite reste sur la plage pendant que sa mère et Hana sa sœur travaillent. Seule, Hana voit le soldat japonais qui approche de sa sœur. Elle se démène pour qu’il ne voit pas la petite et se fait enlevée à sa place. Hana est déportée en Mandchourie et va devenir une femme de réconfort des soldats japonais. Un euphémisme pour cacher l’horrible vérité : l’esclavage sexuel et la maltraitance. Des milliers de femmes, y compris des Japonaises, sont exploitées comme du bétail pour maintenir le moral des troupes en territoires occupés.

 

Il s’agit d’un récit à la fois très dur et aussi tout en retenue sur une réalité encore peu connue des Occidentaux mais aussi des Coréens eux-mêmes, puisque l’honneur familial a souvent empêché de mettre des mots sur le destin de ses femmes. Et le Japon n’a pas encore reconnu ce crime. Le récit est à deux voix : Hana en 1943 que l’on suit dans sa souffrance et sa déportation et de l’autre Emi, en 2011, devenue une vielle femme qui se souvient douloureusement de sa sœur alors qu’elle s’approche de la fin de sa vie. D’un côté les violences et de l’autre le long chemin à travers l’histoire et les violences qui ont secoué le pays après le départ des Japonais. Le combat aussi pour la mémoire. Une lecture toute en justesse et absolument poignante.