Opus 77Musical, sensible et sensuel, voici quelques mots pour donner à entendre ce sublime roman d’Alexis Ragougneau. Cette histoire s’ouvre sur une cérémonie religieuse, celle de l’enterrement de Claessens, un chef d’orchestre de talent, sévère. Dans cette église,  l’Opus 77 de Chostakovitch interprété par sa fille, la pianiste internationale Ariane Claessens fait écho à l’histoire familiale.

En effet, ce concerto pour violon du grand compositeur russe sera le point d’orgue de toute sa famille, notamment celui de son frère, David. Violoniste virtuose à l’esprit torturé, celui-ci bouleversera les exigences du père à l’issue d’une décision importante. A ce propos, c’est avec habilité que l’auteur ménage le suspense lié au devenir des membres de cette famille.

Parmi les personnages remarquables, le professeur arménien Kirkorian joue sa partition à merveille. Evoquant la relation intime à la musique sous l’empire soviétique, ce petit homme offre au lecteur peut-être les plus beaux passages sur le rapport entre le musicien et son instrument, l’intériorité de l’individu exprimé à travers cet art, la question de la transmission.

Cadencé et tout en nuances, ce livre  touchera au cœur chaque lecteur, quel que soit sa relation à la musique. Faisant la part belle au silence, Alexis Ragougneau aurait sans doute mérité une oreille plus attentive à l’occasion de cette rentrée littéraire.